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Les James Bond Girls

Đăng bởi Hoàng Vinh on Tháng Tư 9, 2007

l'idéal fait Eve

Et 007 créa la femme

Les James Bond Girls : l’idéal fait Eve

Ian Fleming l’imaginait geisha, maîtresse des caresses tantriques comme de la sauce béarnaise. Les productions EON, gardiennes de la saga ciné, l’auront décliné playmate gonflable voire gonflante à l’usage du plus grand nombre. La James Bond Girl synthétiserait tous les fantasmes collectifs suggérés par un vagin, plus efficacement que la page centrale de Playboy. Et James dans tout ça ? Ca tient en sept mots : une banale paire de testicules en smoking. Très freudien…

James Bond Girls : la galerie photos
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La maman…
Ca n’est pas 007 qui remettrait le complexe d’Œdipe en cause. Symboliquement, son personnage est introduit par Sylvia Trench (Eunice Glayson) dans James Bond contre Dr No. C’est en effet de cette James Bond Girl originelle que l’espion plagie la formule désormais classique «My name is Bond». Le personnage, jugé trop sage et prévenant par Albert Broccoli, est supprimé des rushs de Goldfinger. Le producteur de la saga ne renie pas la nécessité d’une relation stable pour notre agent mais exige des rapports plus ambigus. Mission confiée dans les épisodes suivants à Miss Moneypenny, secrétaire constamment aux petits soins avec Jimmy, attention derrière laquelle se cache une tension sexuelle frustrante au possible pour le spectateur. Moneypenny, atout de charme récurrent, se retrouve pourtant éclipsée, suite au changement de sexe de M (dès GoldenEye, Judi Dench reprend le rôle autrefois masculin du boss du MI6). Pas de queue entre les jambes en ce qui la concerne mais sans nul doute la femme à laquelle Bond tient le plus : ne lui demeure-t-il pas fidèle alors qu’elle l’abandonne à une mort certaine, aux mains des Nord-Coréens, dans Meurs un autre jour ?

… et la putain
C’est une dominante dans les James Bond : tout ce qui descend d’Eve a des chances de se retourner contre vous. Après tout, on n’a jamais fait meilleur que la bible comme scénarii. Qu’elle s’appelle Fiona Volpe (Opération Tonnerre), Tiffany Case (Les diamants sont éternels) ou Xenia Onatopp (GoldenEye), la James Bond Girl passe du statut de complice à celui de parjure en un battement de cils. Tellement instable qu’elle peut même trahir son propre camp à l’instar de Case (Jill St John) qui, tombée amoureuse de Bond, se retourne contre son employeur Ernst Stavro Blofeld. Un côté Judas qui justifie la misogynie de 007. Rappelons que ce dernier est berné depuis Casino Royale – le roman – à la fin duquel il enterre sa première félonne. Son épitaphe sera concis : «the bitch is dead now».

Like a virgin
Dans James Bond contre Dr No, Honey Ryder sort de l’eau en bikini blanc. Une Vénus vierge qui va instaurer le mythe des James Bond Girls. Quatre décennies plus tard, Halle Berry / Jinx (Meurs un autre jour) réitérera d’ailleurs la scène en hommage à Ursula Andress. Cette chasteté, pourtant, n’est que façade : Honey révèlera à son chevalier servant qu’elle fut violée par son tuteur à la mort de ses parents, tuteur dont elle se débarrassera à l’aide d’une tarentule. A l’affiche de Vivre et laisser mourir, 007, lui-même, déflorera une Jane Seymour qui le hait. Autre nymphe pervertie, Jill Masterson (Shirley Eaton dans Goldfinger) assouvit le fétichisme du milliardaire maniaque Auric Goldfinger. Elle est la première James Bond Girl à perdre la vie, suffoquant après que son bourreau l’ait enduit de peinture dorée.

Ma soubrette bien-aimée
Assistantes totalement dévouées à 007, Mary Goodnight (L’homme au pistolet d’or) comme Penelope Smallbone (Octopussy) s’avèrent les James Bond Girls les plus fidèles à l’esprit de Ian Fleming. Sorte de Moneypenny bis, elles se veulent prudes autant que pensives à l’idée de finir la nuit avec Bond. A l’instar du modèle original, celui-ci leur préférera toutefois des femmes plus fatales. Goodnight alias Britt Eckland ira jusqu’à espionner les ébats de James avec sa rivale Andrea Anders (Maud Adams). Au petit matin, l’espion lui lâchera un rustre «votre tour viendra, je le promets».

Bourgeoise pour gentilhomme
S’il ne s’est jamais laissé corrompre, Bond ne se trouve pas pour autant insensible à tout ce qui brille. Toujours chic et glamour, la James Bond Girl paraît perdre tout sex-appeal en même temps qu’elle se dénude de ses apparats clinquants. Cupide, James ? Il se laisse en tout cas passer la corde au cou par la comtesse Teresa Di Vicenzo (Diana Rigg) dans Au service secret de Sa Majesté. Un trait de caractère que la fille de Broccoli – héritière des droits d’adaptation depuis GoldenEye – tend à gommer. L’espion échange volontiers la bague au doigt par des envies de meurtre sur notre Sophie Marceau nationale campant la légataire d’un richissime pétrolier et une bimbo de la haute au générique du bien-intitulé Le Monde ne suffit pas.

La femme des autres
«Vous n’êtes pas mariée, j’espère ?» Un brin anxieux, Roger Moore abandonne sa dernière conquête en introduction de Vivre et laisser mourir. C’est qu’il est habitué à servir de roue de secours pour épouses délaissées notre double zéro. Ses maîtresses ont par ailleurs la mauvaise habitude de fricoter avec les méchants à l’instar de Domino (la Miss France 1958 Claudine Auger), maîtresse du bad guy d’Opération Tonnerre, Octopussy (toujours Maud Adams), Mata Hari du cynique Kamal Khan, voire Paris Carver (Teri Hatcher), ex passion amoureuse reconvertie en première dame d’un magnat mégalo dans Demain ne meurt jamais. Le talon d’Achille de James serait-il les liaisons adultérines ?

Chiennes me gardent
Malgré une fonction d’objet sexuel non dissimulé, les James Bond Girls peuvent recéler quelques pépites de féministes aguerries. Bras droit de Goldfinger, Pussy Galore (Honor Blackman) est également à la tête d’un gang de motardes lesbiennes. Elle méprise Bond et ce qu’il représente, ce qui ne l’empêchera pas de tomber dans les filets de notre agent. Idem, Melina Havelock (Carole Bouquet dans Rien que pour vos yeux) gagnera le lit de 007 mais saura assouvir ses desseins indépendamment. Une femme et une seule résistera à James Bond : la bodybuildée Grace Jones / May Day (Dangereusement vôtre) sous les biceps desquels Moore a bien failli trépasser.

Ma mie, myself and I
Ursula Andress a beau représenter le mythe, Barbara Bach (Madame Ringo Starr !) et Halle Berry sont considérés comme les deux James Bond Girls les plus explosives de la mythologie. Logique puisqu’elles incarnent les alter ego de 007. Là encore, on sent la marque de Barbara Broccoli oeuvrant pour la féminisation de la série. Reste que nos agents fait Eve ont bien du mal à se singulariser, leur apparition se résumant à renvoyer des reflets sexy de l’espion. Plus égocentrique, tu meurs !

James Bond est-il gay ?
Daniel Craig a, tout au long du tournage de Casino Royale, laissé circuler des rumeurs selon lesquelles une relation homo-érotique se nouait entre James Bond et son acolyte Felix Leiter (Jeffrey Wright). On se souvient que dans Permis de tuer, 007 fut plus affecté par les mutilations subies par son ami américain que par le décès tragique de sa propre épouse quelques épisodes plus tôt. Une orientation sexuelle qui aurait probablement fait sourire Ian Fleming, lui qui fantasmait sa création impuissante. Casino Royale, prologue au passage de Jimmy chez les double zéro, est réputée pour sa douloureuse séquence de castration. Mais à quoi donc joua alors notre étalon pendant 44 ans ? Ca, seule une James Bond Girl saurait y répondre…

[illustrations : © Gaumont Columbia Tristar Films]

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Le fabuleux destin de √2

Đăng bởi Hoàng Vinh on Tháng Tư 5, 2007

Lorsqu’on demande à un mathématicien de constituer une liste des nombres qui lui semblent les plus remarquables, il cite en général le nombre pi, puis le « nombre d’or », et enfin quelques autres plus « savants » comme e (base des logarithmes néperiens), i (base des imaginaires purs) ou encore γ (constante d’Euler). Un peu curieusement, la racine carrée de 2, pourtant extraordinaire à plus d’un titre, est souvent oubliée.

1°) Une perle méconnue

La racine carrée de 2, qui vaut approximativement 1,414213562, est « le nombre qui, multiplié par lui-même, donne 2 », selon la définition aujourd’hui la plus courante. Elle est aussi la « racine du carré de taille 2 », c’est-à-dire la longueur du côté d’un carré d’aire 2. C’est ce contexte géométrique qui fait de cette « racine » un point de départ, une origine.


L’une comme l’autre de ces définitions pourrait laisser penser que nous avons affaire à un nombre tout juste bon à exprimer la solution d’un problème de géométrie pour écoliers auxquels on demande d’apprendre que l’aire A d’un carré de côté a est donnée par la formule A = a2. En réalité, non seulement ces deux aspects (algébrique et géométrique) ont d’innombrables conséquences dans des directions souvent inattendues, mais la racine carrée de 2 est susceptible d’autres définitions qui, elles aussi, donnent naissance à des ramifications qui s’étendent bien au-delà du simple calcul de l’aire d’un carré. C’est ainsi que les domaines où intervient ce nombre au moins quatre fois millénaire dans l’histoire de la pensée sont d’une variété presque infinie.

Si la racine carrée de 2 devait être personnifiée, peut-être serait-ce en la déesse Athéna au panthéon des nombres. Toutes deux inspirent en effet les actions d’artisans ou d’ingénieurs autant que les réflexions intellectuelles d’un Platon.


Platon. Dans son dialogue intitulé Ménon, écrit dans la première moitié du IVe siècle avant notre ère, il donne ce qui est pour nous la plus ancienne démonstration du fait que le rapport de la diagonale au côté d’un carré est égal à √ 2.

Toutes deux figurent la rigueur, toutes deux apparaissent dans des situations très diverses. Enfin, de même que la protectrice de la cité d’Athènes se montre attentive aussi bien aux enfants qu’aux plus vaillants guerriers, la racine carrée de 2 est utile aux simples amateurs autant qu’aux mathématiciens chevronnés car, à tous, elle donne l’occasion de s’émerveiller, de découvrir et d’apprendre. Avec elle, nous sommes bien loin de cet autre résident de l’Olympe mathématique qu’est le nombre pi (π), rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre et qui vaut environ 3,14.


Dans un carré, le rapport de la diagonale au côté est égal à √2. Dans un cercle, le rapport de la circonférence au diamètre est égal à π.

Beaucoup de mathématiciens pensent du nombre pi qu’il est « le plus glorieux, le plus grand », comme le dit de Zeus l’Agamemnon de l’Iliade. Mais à l’instar du dieu souverain de la mythologie grecque, π se révèle souvent d’une puissance écrasante : la plupart de ses propriétés sont si difficiles à établir que bien des amateurs et des mathématiciens buttent sur le sens profond de la démonstration de tel ou tel résultat significatif concernant le « roi des nombres ». La racine carrée de 2 est quant à elle d’un accès plus facile, tout en donnant à voir une foule de richesses et de splendeurs mathématiques.

  2°) Un nombre “irrationnel”

Une caractéristique que partagent plusieurs des membres de l’Olympe des nombres est la propriété d’« irrationalité ». On dit d’un nombre qu’il est irrationnel lorsqu’il n’est pas le résultat de la division d’un nombre entier par un autre : ainsi, par définition, les nombres 8/5, 1/3 ou encore 287645/1000 sont tous des nombres rationnels (leurs expressions décimales respectives sont 1,6, 0,333333… et 287,645). La racine carrée de 2, en revanche, ne s’identifie à aucune fraction. S’il en existe certes qui approchent √2 de façon aussi précise que désirée, comme 7/5 (qui vaut 1,4), 14142/10000 (qui vaut 1,4142) ou encore 577/408 (environ égale à 1,414216), aucune d’elles n’exprime de façon exacte la valeur de la racine carrée de 2, rétive qu’est cette dernière à toute représentation fractionnaire.

La notion d’irrationalité est l’une des plus importantes de toutes les mathématiques. Si la racine carrée n’est pas – et de loin – le seul nombre irrationnel, deux raisons font toutefois que c’est souvent elle qu’on présente comme premier exemple d’un tel nombre. La première est que, contrairement à d’autres nombres irrationnels « courants » (comme π), il est possible de démontrer le caractère irrationnel de √2 avec très peu de bagage mathématique ; autrement dit, si les irrationnels sont « les plus compliqués des nombres », la racine carrée de 2 est, d’une certaine façon, le plus simple de ces nombres compliqués. La seconde raison est qu’il se peut que la racine carrée de 2 ait été le tout premier nombre identifié comme irrationnel.


Aristote. Quelques décennies après Platon, il évoque une trentaine de fois dans son œuvre « l’incommensurabilité de la diagonale au côté », que nous pouvons traduire en langage moderne par l’affirmation selon laquelle √2 est irrationnelle.

Malgré la notoriété que lui vaut son double statut d’irrationnelle et de doyenne putative des nombres reconnus comme tels, il faut tout de même bien reconnaître que la racine carrée de 2 ne retient pas si souvent l’attention. À lire les innombrables présentations générales de la théorie des nombres, le statut mathématique de la racine carrée de 2 semble se borner à celui de l’éternel exemple simple, qui permet d’introduire la notion de nombre irrationnel et d’évoquer quelques faits historiques. Est-ce précisément parce qu’elle constitue le pain quotidien des mathématiciens qu’on oublie de s’y intéresser davantage ? Peut-être la racine carrée de 2 est-elle d’un usage trop fréquent pour que naisse spontanément l’idée de la regarder avec les mêmes yeux curieux qui nous poussent à admirer les merveilles cachées et inattendues du nombre pi.

3°) Un incomparable guide

Un premier intérêt de la racine carrée de 2 est qu’elle constitue une porte d’entrée vers des pans entiers des mathématiques aussi bien anciennes que modernes : la géométrie et la théorie des nombres, mais aussi la logique, l’algèbre, l’arithmétique, l’analyse, et plus récemment l’algorithmique, les structures de données, les nombres g-adiques ou encore la dynamique symbolique. Même si, bien sûr, elle n’est pas au centre de toutes les théories qu’elle permet d’introduire, l’incroyable quantité de contextes dans lesquels la racine carrée de 2 est susceptible de fournir un fil directeur cohérent suffit à justifier que lui soit attribuée une place au panthéon des nombres. D’ailleurs, l’intention initiale de mon travail à son sujet était précisément celle-ci : utiliser la racine carrée de 2 comme point de départ vers quelques destinations d’où peuvent s’admirer certains des plus beaux paysages mathématiques. À l’instar du mathématicien indien du XXe siècle Srinivasa Ramanujan, qui passait pour vivre au milieu des nombres comme si chacun d’eux était pour lui un ami personnel, j’ai songé un temps à prendre la racine carrée de 2 comme simple compagne de voyage pour faire partager au lecteur des aventures intellectuelles qui ne se vivent que dans le monde mathématique.


Srinivasa Ramanujan.

Une étude plus poussée montre toutefois que la racine carrée de 2 est bien davantage qu’un simple guide. Constante fondamentale des mathématiques, à l’image de ce que sont aux sciences physiques la vitesse de la lumière ou la charge de l’électron, la racine carrée de 2 est un nombre aux mille visages, aussi bien théoriques qu’appliqués et historiques. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faille chercher à toutes forces un particularisme exclusif de √2 au détour de chaque résultat ou de chaque remarque. En mathématiques en effet, il n’y a pas d’intérêt à parler d’un objet unique à l’exclusion de tous les autres. C’est en bonne partie à travers les liens qu’elle entretient avec les autres nombres que se déploient les propriétés les plus remarquables de la racine carrée de 2. Lorsqu’elle partage certaines de ses caractéristiques avec d’autres nombres, elle se fait le maillon d’un chaîne de nombres indissolublement liés par tel ou tel caractère particulier : grandeur géométrique, quantité irrationnelle, racine carrée, nombre algébrique, nombre quadratique, « k-nombre d’or »… Ces propriétés de la racine carrée de 2 éclairent chacune à leur manière l’une de ses facettes, si variées que l’on peine à trouver un autre nombre qui marquerait d’une empreinte comparable des contextes aussi différents que la musique, l’architecture ou la photographie.


Sur les appareils photographiques classiques 24×36, chaque ouverture du diaphragme est avec le suivant dans un rapport √2, de sorte que le rapport des aires est constant et égal à 2, ce qui permet de calibrer la quantité de lumière captée.


Représentation des ordres architecturaux selon Sebastiano Serlio, au XVIe siècle. Le piédestal de la seconde colonne (ordre dorique) est un rectangle dont les dimensions vérifient la « proportion diagonale », c’est-à-dire que longueur/largeur = √2

« À quand un livre sur la racine carrée de 3 ? » me demandent régulièrement quelques esprits gentiment moqueurs. On pourrait les prendre au mot : pour visiter les terres mathématiques, √3 serait un guide tout à fait acceptable, dont il est question chez Platon et Archimède aussi bien que chez l’architecte Palladio. Malgré tout, pour ce que nous en savons, la diversité dont nous parlions pour la racine carrée de 2 ne se retrouve que partiellement pour un nombre comme √3, et disparaît presque complètement pour la plupart des autres nombres.

Parmi les rares nombres dont la multitude des aspects soit comparable à celle de la racine carrée de 2 figure le « nombre d’or », noté φ (phi), égal à (1+√5)/2 (soit environ 1,618).


Dans un pentagone régulier, le rapport de la diagonale au côté est égal à φ.

Véritable frère de la racine carrée de 2, cet Apollon des mathématiques est lui aussi présent sur le terrain des mathématiques pures comme sur celui de la réalité la plus concrète. Ces deux constantes fondamentales sont si intimement liées qu’il est difficile de décider laquelle des deux est « la plus fondamentale ». S’intéresser aux propriétés de l’une est d’ailleurs souvent utile pour mettre en relief certaines caractéristiques de l’autre. Ces liens qui se tissent entre √2 et φ, ainsi que d’autres qui s’observent entre √2 et π, montrent que les nombres remarquables, bien loin d’être des étrangers les uns pour les autres, constituent une seule et même famille.
  4°) Les signes du fond des âges

C’est une petite tablette d’argile de quelques centimètres de côté. Un objet tout simple qui tient dans le creux de la main et sur lequel ont été tracées quelques lignes et gravées quelques marques.


La tablette YBC 7289

Cette tablette se trouve à l’université de Yale, aux États-Unis, répertoriée sous le nom de YBC 7289 (Yale Babylonian Collection). Probablement l’œuvre d’un scribe babylonien de la première dynastie, soit entre 1900 et 1600 avant notre ère, elle n’est rien de moins que l’acte de naissance de la racine carrée de 2 en tant qu’objet mathématique, ainsi que l’une des plus anciennes incursions de l’humanité dans le monde de la pensée scientifique. Il n’est pas très difficile de traduire cette tablette, écrite dans la langue la plus universelle qui soit : les mathématiques. En voici une translittération dans notre système moderne de numération (avec d’inévitables arrondis dus au fait que les Babyloniens utilisaient un système de représentation des nombres à base 60 et non à base 10 comme nous le faisons aujourd’hui).


Le sens de la tablette YBC 7289 tel que nous pouvons le reconstituer est le suivant : un carré de côté 30 étant donné, la longueur de sa diagonale s’obtient en multipliant 30 par la valeur 1,41421296, ce qui donne 42,4263889.

Contrairement à la longueur du côté, sans doute choisie égale à 30 dans le simple but de donner un exemple concret, la valeur 1,41421296 que les Babyloniens ont mise en évidence a une portée universelle : c’est cette valeur qu’il faut utiliser pour trouver la diagonale de n’importe quel carré, quelle que soit la longueur de son côté. Bien loin d’une simple grandeur géométrique juste présente à l’occasion d’un exercice, la valeur 1,41421296, qui est pour nous la racine carrée de 2, figure dans YBC 7289 en tant que constante fondamentale de la géométrie. Ce statut est toujours le sien aujourd’hui. 

5°) Une impensable précision

Si des tablettes babyloniennes plus anciennes donnent certes déjà des évaluations de √2, la tablette YBC 7289 se distingue par sa remarquable précision (rien n’exclut toutefois, bien entendu, que d’autres tablettes aujourd’hui disparues aient pu la précéder). Il semble qu’une évaluation babylonienne antérieure couramment utilisée était 1,4167, soit une précision de l’ordre du millième : la précision de YBC 7289 est, quant à elle, de l’ordre du millionième. De tous les nombres à trois rangs sexagésimaux (soit « trois chiffres après la virgule », les « chiffres » s’entendant en base soixante), celui figurant sur YBC 7289 est le plus proche de la racine carrée de 2.

Pourquoi les Babyloniens se sont-ils attachés à connaître la racine carrée de 2 avec autant de précision ? Leurs motivations étaient-elles d’ordre pratique ? ludique ? intellectuel ? Quel regard portaient-ils sur le résultat ? Avaient-ils conscience de n’avoir trouvé qu’une approximation ou pensaient-ils avoir trouvé la valeur exacte de √2 ? Quelle méthode ont-ils employé pour parvenir à une telle précision, qui n’a peut-être été dépassée que par l’Indien Govindashwamin, pas moins de deux mille cinq cents ans plus tard ?

Outre les diverses utilisations pour des calculs marchands que faisaient les Babyloniens des racines carrées, un emploi possible de √2 dans l’Antiquité est donné par l’architecture. En 1892, l’égyptologue Francis Griffith a émis l’hypothèse qu’un système de mesures de longueur, dit « digital » et montrant des rapports de longueurs égaux à 7/5 et 10/7, pourrait avoir été conçu pour donner une approximation de √2 qui servait aux architectes pour réaliser des angles droits avec précision


Pour vérifier qu’un angle est droit dans un carré tracé au sol, on peut comparer le rapport diagonale/côté à √2

Toutefois, aucune utilisation de la racine carrée de 2 n’aurait pu sérieusement nécessiter la connaissance de plus d’une ou deux décimales : aucune justification pratique ne permet de comprendre pourquoi les Babyloniens ont éprouvé le besoin d’aller si loin dans la précision de leur approximation.

En l’absence de nécessité pratique, on peut proposer plusieurs éléments d’explication, non exclusifs les uns des autres. L’un d’eux est le plaisir du jeu. L’envie d’aller toujours un peu plus loin dans le calcul de la valeur de √2 aurait pu être exacerbée par le fait que, telle Athéna née toute casquée et armée en sortant de la tête de Zeus, la racine carrée de 2 semble avoir disposé dès sa naissance des outils les plus performants nécessaires à l’estimation de sa valeur : pour l’essentiel, nos ordinateurs utilisent la même technique que celle prêtée aux Babyloniens ! Une autre raison, conjecturale elle aussi, tient à la nature de l’expression de la racine carrée de 2, comme nous allons le voir.

6°) Le jeu de l’exactitude

Une possibilité serait que, en évaluant le rapport de la diagonale du carré à son côté, les Babyloniens aient tout d’abord pensé qu’ils déboucheraient sur une valeur exacte, légitimant a posteriori les quelques efforts nécessaires pour l’atteindre.

Est-il raisonnable d’espérer pouvoir écrire la valeur exacte de la racine carrée de 2 avec un nombre fini de chiffres après la virgule ? Pour le savoir, plaçons-nous pour simplifier dans la base dix qui nous est familière et cherchons ce que devrait être la valeur d’un éventuel nombre décimal (c’est-à-dire n’ayant qu’une quantité finie de chiffres après la virgule) qui vérifierait que, multiplié par lui-même, on obtienne la valeur 2.

La remarque clé pour étudier la question est que le dernier chiffre (c’est-à-dire le chiffre « le plus à droite ») du résultat de la multiplication de deux décimaux s’obtient en regardant le dernier chiffre du produit de leurs derniers chiffres. Par exemple, dans l’expression 54,27×3,6 = 195,372, le dernier chiffre du résultat (2) est le même que celui du résultat de la multiplication de 7 par 6 (on a 7×6 = 42). Pour se persuader que cela fonctionne pour n’importe quels nombres décimaux, on pose la multiplication selon la méthode « au château », celle apprise à l’école, et on observe la façon dont s’obtient le dernier chiffre du résultat.

Revenons à notre problème et notons m le dernier chiffre d’un éventuel nombre décimal x égal à la racine carrée de 2. Une fois m multiplié par lui-même, on doit obtenir un nombre dont le dernier chiffre est un 0, faute de quoi le produit de x par lui-même finit après la virgule par un chiffre non nul, empêchant du même coup ce produit d’atteindre la valeur 2. Or une vérification simple indique que le carré de n’importe quel entier m entre 1 et 9 ne finit jamais par 0. D’où la conclusion : quelle que soit la valeur décimale x dont on part, jamais sa multiplication par elle-même ne donne 2. Autrement dit, la racine carrée de 2 n’est pas un nombre décimal.

Le raisonnement précédent s’adapte pour la base soixante des Babyloniens, à une petite complication près. Il s’adapte même, cette fois au prix d’un travail mathématique assez fourni, à toutes les bases de numération : que l’on choisisse la base deux des ordinateurs, la base dix qui nous est habituelle, la base soixante des Babyloniens ou n’importe quelle autre, √2 a besoin d’une infinité de chiffres pour être écrite de façon exacte, et l’on peut montrer que cette propriété est équivalente au fait que la racine carrée de 2 est un nombre irrationnel.
  7°) Le paradis perdu de la périodicité

Nous savons désormais que les décimales de √2 sont en quantité infinie. Peut-on en déduire que nous ne les connaîtrons jamais toutes ? Pas nécessairement : on pourrait imaginer en effet que la succession des chiffres suive une règle de formation identifiable qui en fournisse une description complète. Pour bien comprendre ce point, oublions un instant la racine carrée de 2 et tournons-nous vers les nombres rationnels. Le nombre 11/6, par exemple, est égal à 1,8333333… ; de même, on a 13/11 = 1,1818181818…, ou encore 16/7 = 2,28571428571428… Le point commun entre ces cas est qu’à chaque fois les chiffres se répètent de façon périodique à partir d’un certain moment : des « 3 » dans notre premier calcul, des « 18 » dans le second, des « 142857 » dans le troisième. Cela n’a rien d’un hasard. Un résultat général est que, quels que soient les entiers p et q, l’expression décimale du rapport p/q est « périodique à partir d’un certain rang », c’est-à-dire que, hormis peut-être au début, la succession des chiffres est la répétition d’un même « motif » (éventuellement « 0 », pour une division qui « tombe juste » comme 13/5 = 6,5). La réciproque est vraie : on peut montrer qu’un nombre dont le développement décimal est périodique à partir d’un certain rang est nécessairement rationnel.

Revenons à la racine carrée de 2. Puisqu’il s’agit d’un nombre irrationnel, ce qui précède indique que la suite de ses décimales n’est pas périodique. Mais comme il s’agit tout de même de l’un des nombres irrationnels les plus « simples », l’on pourrait malgré tout s’attendre à ce que la suite de ses décimales montre une structure simple elle aussi.

√2 = 1,4142135623730950488016887242096980785696718753769480731766797379907
324784621070388503875343276415727…
Les cent premières décimales de √2

De façon un peu étrange, il semble que la question d’une telle structure n’ait jamais été clairement mathématisée avant les travaux du mathématicien Émile Borel, au début du XXe siècle.


Émile Borel

Plus curieux : aujourd’hui encore, la réponse est entièrement inconnue. Il y a un monde entre, d’une part, calculer les décimales de la racine carrée de 2 de proche en proche et, d’autre part, connaître suffisamment bien leur règle de formation pour être en mesure, par exemple, de déterminer la millième décimale de √2 sans avoir au préalable calculé toutes les précédentes. La racine carrée de 2 donne l’exemple sans doute le plus extrême de nombre pour lequel triomphent les méthodes quantitatives (les techniques de calcul des décimales de √2, qui n’ont presque pas changé depuis l’époque babylonienne, sont extrêmement performantes) et pour lequel les questions d’ordre qualitatif sont aujourd’hui sans réponse : on ignore s’il y a une infinité de 1 dans l’expression décimale de √2, si le chiffre 3 y apparaît ou non « plus souvent » que le chiffre 4, et plus généralement si la succession de décimales de la racine carrée de 2 a des propriétés statistiques qui l’apparentent à une suite infinie de chiffres tirés entièrement au hasard. Quarante ans après avoir posé la question, Borel écrivait que « le problème de savoir si les chiffres d’un nombre tel que √2 satisfont ou non à toutes les lois que l’on peut énoncer pour des chiffres choisis au hasard me paraît toujours être un des problèmes les plus importants qui se posent aux mathématiciens. » Ses mots sont toujours d’actualité.

8°) Pour aller plus loin et Remerciements

- Remerciements aux Editions Le Pommier
(extraits de l’ouvrage Le fabuleux destin de √2, éditions Le Pommier, 2006)

- Site dédié à l’ouvrage Le fabuleux destin de √2
http://www.math.univ-paris13.fr/~rittaud/RacineDeDeux

- Page perso de Benoît Rittaud
http://www.math.univ-paris13.fr/~rittaud/index

 

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Regards Des Bouddhistes Sur Jesus

Đăng bởi Hoàng Vinh on Tháng Tư 4, 2007

Regards Des Bouddhistes Sur Jesus

André Bareau
Centre culturel luthérien, Paris 11 Décembre 1984
“Regards des bouddhistes sur Jésus” : voilà certes un sujet fort intéressant, mais qui présente quelques sérieuses difficultés. Tout d’abord, le bouddhisme est sans doute, de toutes les grandes religions du monde, celle qui est le plus éloignée du christianisme par sa doctrine fondamentale et par d’autres traits importants, bien qu’il en soit, ou en semble, en revanche très proche par d’autres. Ensuite, à cause de l’extrême diversité des formes qu’il a prises au cours du temps et de son extension géographique, par suite de sa grande souplesse d’adaptation aux civilisations et aux mentalités fort variées des peuples chez lesquels il s’est introduit, ses “regards sur Jésus” peuvent être très différents les uns des autres. Enfin, si nous possédons un assez grand nombre d’informations sur la façon dont les bouddhistes, surtout ceux d’aujourd’hui, considèrent le christianisme, bien plus rares au contraire sont les renseignements relatifs à leurs opinions sur la personne de Jésus.

Avant d’examiner ces derniers documents pour savoir comment les adeptes du bouddhisme voient effectivement le fondateur du christianisme, il m’a paru bon d’étudier la façon dont ils devraient le voir en théorie, en la déduisant de la doctrine fondamentale enseignée par les anciens textes canoniques du bouddhisme, vieux de plus de vingt siècles.

Comme vous le savez sans doute, le bouddhisme est une religion qui présente la fort étrange particularité, difficile à comprendre pour nos esprits occidentaux, de nier, de réfuter même l’existence d’un Dieu unique, éternel, omnipotent, créateur de tout ce qui existe et souverain de tous les êtres qui peuplent l’univers, et aussi de nier l’existence de tout principe personnel éternel, analogue à ce que nous nommons l’âme. C’est du reste la négation de ce principe personnel qui les conduit logiquement à nier celle de Dieu tel que nous le concevons.

Entendons-nous bien : le bouddhisme n’a jamais nié l’existence des dieux, bien au contraire il reconnaît celle de myriades de dieux, de millions de divinités de toutes sortes, grandes et petites, célestes et terrestres, les unes sublimement éthérées, purs esprits ou possédant un corps fait de lumière et se nourrissant uniquement de joie, les autres doués d’un corps de matière plus grossière mais invisible aux hommes ordinaires, les uns et les autres incomparablement plus puissants que ces derniers car disposant de multiples pouvoirs prodigieux. Chacun de ces êtres divins, cependant, si élevé soit-il dans la hiérarchie divine, si immensément puissant soit-il, est limité aussi bien dans la durée de sa vie que dans ses pouvoirs. Chacun d’eux naît, apparaissant soudain parmi les dieux, vit ensuite une très longue existence, qui peut durer des milliards d’années car les Indiens ont toujours compté très large quand ils ont pu donner libre cours à leur fertile imagination, cette vie sera parfaitement heureuse, exempte de toute douleur, de toute peine, de tout souci, elle ne sera sujette ni à la maladie ni à la mort comme celle des autres êtres, humains ou non, mais elle aura nécessairement une fin, comme tout ce qui existe et qui a eu naturellement un commencement, une naissance. Un jour, donc ce dieu mourra, disparaîtra soudain, sans aucune souffrance ni angoisse, et il renaîtra comme n’importe quel être vivant après sa mort, soit comme dieu, soit comme homme, soit comme animal, soit même comme damné, en conséquence automatique et inéluctable de la valeur morale de ses actes passés. N’étant pas éternel, ayant eu une naissance et étant voué à la mort comme tous les êtres vivants, ce dieu ne peut évidemment pas être le créateur de l’univers ni de ses habitants. Possédant des pouvoirs limités si immensément étendus et divers soit-ils, il ne peut donc être le souverain de tout ce qui existe, êtres et choses.

Niant l’existence de Dieu, au sens où nous l’entendons dans l’Occident chrétien, les bouddhistes nient en conséquence la divinité de Jésus. Tel que l’histoire le connaît, Jésus ne fut donc qu’un homme à leurs yeux. Cependant, étant donné les insignes vertus dont il a fait preuve, il y a tout lieu de penser qu’il est ensuite rené parmi les dieux par le simple jeu de la rétribution, de la “maturation” de ses bonnes actions. En somme, dans l’optique bouddhique, l’homme que fut Jésus est très probablement devenu, après sa mort, un dieu, c’est-à-dire un être surhumain d’une certaine catégorie bien définie en elle-même par sa nature, par ses pouvoirs, par la durée de sa vie, pas ses activités, qui peuvent être pure contemplation de la vérité, ou méditation d’approche de celle-ci, ou simple jouissance de la félicité divine sous ses divers aspects, sensuels ou spirituels, ou encore surveillance des actions humaines. Quand ce Jésus devenu ainsi un dieu mourra, dans un avenir plus ou moins lointain selon la place qu’il occupe à présent dans la hiérarchie divine, il renaîtra à nouveau, comme il l’a déjà fait d’innombrables fois dans le passé. Il est fort possible qu’il revienne alors parmi les dieux ou parmi les hommes en conséquence de ses vertus et des bonnes actions qu’elles ont produites, qu’il échappe donc aux mauvaises destinées dans lesquelles tombent inexorablement les méchants et les avides, les destinées des animaux, des revenants perpétuellement affamés et des damnés. Autrement dit, dans sa prochaine existence, Jésus pourra conserver sa nature divine, au sens où le bouddhisme conçoit celle-ci ou renaître homme, et dans ce cas apparaître et agir comme le Messie, toutefois dans les limites que la doctrine bouddhique peut accorder à un tel rôle. Ainsi donc, le bouddhisme ne refuse pas plus de reconnaître la divinité de Jésus dans un certain sens que son humanité, à ceci près que ces deux natures ne peuvent aucunement coexister mais doivent se succéder dans le temps.

Si, comme les bouddhistes peuvent aisément l’admettre, l’homme que fut Jésus il y a près de vingt siècles est devenu un dieu il a tout à fait droit aux égards, à la dévotion et au culte dus par les hommes aux êtres divins quels qu’ils soient, ne serait-il qu’en raison des nombreuses et admirables bonnes actions accomplies par les dieux dans leurs vies antérieures, ce dont leur nature divine porte un éclatant témoignage. En outre, comme le culte chrétien n’exige pas plus de sacrifice sanglant, de meurtre d’animal, que le culte bouddhique, ce qui serait contraire à l’un des commandements fondamentaux communs à la morale de ces deux religions, les adeptes du Bouddha ne peuvent donc rien reprocher à ceux du Christ lorsque ces derniers manifestent leur dévotion à leur maître et seigneur. Mieux, même, rien n’empêche un bouddhiste de s’associer au culte de Jésus comme il participe effectivement à celui de diverses divinités plus ou moins apparentées à celles de l’hindouisme et dont les chapelles s’élèvent souvent dans l’enceinte des monastères bouddhistes eux-mêmes.

En effet, à l’inverse de ce qu’a fait le christianisme, né il est vrai dans des circonstances tout à fait différentes, non seulement le bouddhisme n’a jamais nié la divinité ou l’existence des innombrables dieux de l’Inde ancienne et des autres pays où il s’est répandu, mais il ne les a pas rabaissés au rang de démons, horribles et foncièrement méchants, incarnations de tous les vices. Au contraire, il les a convertis, même ceux que leur nature originelle rendait redoutables aux hommes, il les a enrôlés très vite dans les troupes de ses disciples. Mieux même, il en a fait des modèles offerts à ses propres fidèles laïcs, faute de pouvoir les proposer à ses moines parce que le bonheur sans faille dont jouissent les dieux les empêche de devenir ascètes, de se soumettre à la discipline stricte et austère qui peut seul mener rapidement à la Délivrance, au Nirvâna.

Très rares sont, dans le très riche et complexe panthéon reconnu par le bouddhisme, les êtres divins qui ont conservé un caractère irascible ou même vraiment hostile aux hommes. Ce sont , ou bien des divinités terrestres du degré le plus bas, petits génies locaux encore mal dégrossis, ou bien Mâra, la mort personnifiée, l’adversaire principal et acharné du Bouddha parce que celui-ci enseigne aux êtres la méthode qui leur permettra de s’affranchir définitivement de la mort, plus exactement des morts successives, consécutives aux renaissances. En réalité, Mâra est une figure allégorique, du reste propre au bouddhisme, et que la légende montre généralement plus ridicule que vraiment redoutable, même quand elle lance contre le Bienheureux sa terrifiante armée de démons née d’elle-même et que le Bouddha met en fuite d’une seule pensée.

Que les dieux soient donc, à de très rares exceptions près, des êtres bienveillants et dignes de vénération, cela s’explique très bien selon la doctrine bouddhique, car, si ces êtres sont devenus tels, s’ils jouissent de l’extraordinaire bonheur divin, c’est parce qu’ils l’ont mérité par les innombrables et admirables bonnes actions qu’ils ont accomplies durant leurs précédentes existences. Pour en revenir à notre sujet, si l’homme que fut Jésus est devenu un dieu comme tout porte à le croire dans l’optique propre au bouddhisme, il mérite donc pleinement la vénération et le culte des hommes, non seulement des chrétiens, mais aussi des bouddhistes et des adeptes des autres religions.

Que l’homme que fut Jésus, devenu un dieu, mérite par cela même tel respect, cela signifie-t-il pour les bouddhistes que l’enseignement qui fut le sien il y a deux mille ans et qui fut transmis à ses fidèles jusqu’à nos jours mérite la même considération ? Autrement dit, Jésus est-il aussi digne d’admiration pour les disciples du Bouddha, pour sa doctrine, le christianisme, que pour ses actes vertueux ? Certes oui dans la mesure où son enseignement fut en accord avec celui du Bienheureux, c’est-à-dire utile aux hommes, à leur progression sur la Voie de la Délivrance ou du moins en les conduisant à renaître chez les dieux ou chez les hommes et non pas dans les mauvaises destinées. Non, en revanche, parce que sa doctrine détourne ses fidèles de la Voie menant au Nirvâna, ou plus exactement les fait s’arrêter en chemin, se contentant de les faire renaître dans le paradis d’un certain dieu pour un temps limité, si immense soit-il, en leur donnant à croire qu’ils y resteront pendant l’éternité. En somme, l’enseignement de Jésus est destiné aux laïcs, à ceux qui visent seulement une vie future aussi agréable et longue que possible, tandis que celui du Bouddha s’adresse aux ascètes, à ceux qui, ayant compris la nature essentiellement impermanente, limitée dans le temps comme dans l’espace, de toutes choses, et notamment du bonheur divin, ne sauraient se contenter de celui-ci et qui sont résolus à aller jusqu’au Nirvâna à mettre un terme à toute renaissance, à toute existence, quelle qu’elle soit.

La morale enseignée par Jésus à ses disciples est quasiment identique à celle que le Bouddha préconise aux siens. Non seulement elles interdisent l’une et l’autre de commettre des crimes et des fautes graves ou minimes, meurtre, vol, adultère, luxure, mensonge, intempérance,etc. etc. ,mais elles incitent avec insistance à cultiver et pratiquer les vertus de bonté, de compassion, de patience, de charité, de pardon des offenses, de bien d’autres encore. Elles voient à juste titre, dans l’exercice de cette morale commune, le premier pas, absolument nécessaire mais insuffisant, sur la longue route menant au but qu’elles indiquent à leurs adeptes, au salut tel que leurs fondateurs respectifs les définissent, le paradis pour les chrétiens, le Nirvâna pour les bouddhistes. En somme, en prêchant la même morale et en faisant de celle-ci la première de leurs obligations, Jésus et Bouddha exhortent leurs disciples à suivre d’abord un même chemin, un chemin assez long et difficile pour la plupart des hommes mais qu’il est indispensable de parcourir comme préparation à la suite, aux exercices spirituels ou assimilés qui conduiront enfin au but désigné.

Pour le reste, l’enseignement de Jésus diffère grandement de celui du Bouddha. Du point de vue de ce dernier, il est erroné, non conforme à la réalité, aux saintes Vérités auxquelles l’ascète Gautama s’est “éveillé”, car tel est le sens propre du mot “bouddha”. Par conséquent, si la doctrine chrétienne, par l’observation de sa morale élevée, conduit ses adeptes à renaître chez un dieu, elle empêche d’aller plus loin, jusqu’à la délivrance des transmigrations, au Nirvâna, car elle leur fait croire, à tort selon le Bouddha, que le bonheur divin est le but suprême. Si donc, en tant que guide des hommes vers une heureuse destinée, Jésus est, aux yeux des bouddhistes, admirable et vénérable pour l’enseignement de sa morale, il ne l’est pas en ce qu’il fourvoie ses disciples par une doctrnie erronée. Celle-ci l’est en effet, pensent les adeptes du Bouddha parce qu’elle est fondée sur la croyance en un Dieu unique, éternel et créateur de tout ce qui existe, et en une âme elle aussi éternelle, présente au fond de chaque homme. Elle est erronée en ce qu’elle ne reconnaît pas la nature essentiellement impermanente, vide de tout principe personnel, et par conséquent vouée au malheur, à la peine et à la souffrance, de chaque être. Elle l’est encore en ce qu’elle exhorte les fidèles à développer une dévotion envers son dieu et un amour envers les êtres humains qui ont tous les deux une nature passionnée, alors que le Bouddha dénonce la passion sous toutes ses formes comme étant un obstacle majeur à la délivrance et recommande au contraire le détachement le plus complet, même dans l’exercice des vertus les plus sublimes, la bonté, la compassion, la charité et le pardon, poussées jusqu’à leurs plus extrêmes limites.

Ainsi donc, en théorie, pour les bouddhistes, si Jésus est certes un personnage admirable, hautement vénérable et digne d’un culte, si l’on doit reconnaître sans aucun doute sa sainteté et si l’on peut volontiers admettre qu’il est devenu un dieu après avoir été un homme il y a quelque vingt siècles, il occupe cependant une place nettement inférieure à celle du Bouddha dans la hiérarchie des êtres, bien que le Bouddha n’ait été qu’un homme dans sa dernière existence, alors que Jésus a dû devenir un dieu. Il est vrai qu’aux yeux des bouddhistes, leur maître vénéré s’est élevé par lui-même, tout en demeurant dans l’humaine condition, bien au-dessus des dieux, de tous les dieux, pour s’être “éveillé” à la Vérité suprême, avoir découvert la voie menant au Nirvâna, ce dont aucun dieu n’était capable à cause de sa nature divine. En effet, le bonheur sans nuage dont jouissent les dieux les empêche de connaître la douleur, la peine, le malheur inhérent à toute existence sous quelque forme qu’il se présente. Or, cette connaissance de la douleur est, pour les bouddhistes, le premier pas sur le très long et fort difficile chemin qui conduit à la délivrance des transmigrations.

Après avoir cherché quels regards les bouddhistes pouvaient porter sur Jésus en se fondant uniquement sur les bases de la doctrine qu’ils ont reçue et en laquelle ils croient, voyons maintenant comment ils voient réellement la personne de Jésus, en utilisant cette fois leurs propres témoignages.

Pour cela, j’ai fait appel à quatre de mes meilleurs collaborateurs, ayant chacun, dans un domaine différent, une excellente connaissance des opinions des bouddhistes de notre temps. Le vénérable Thich Thiên Châu, docteur ès lettres, est un ancien dignitaire du bouddhisme vietnamien. M. Mohan Wijayaratna, né d’un mariage mixte, chrétien et bouddhiste, termine une thèse de doctorat sur certains aspects du bouddhisme singhalaise et a par ailleurs écrit plusieurs articles fort intéressants, dont l’un traite précisément notre sujet, dans l’optique singhalaise. Le père Eugène Denis, docteur ès lettres et chargé de recherches au C.N.R.S., réside en Thaïlande depuis plus de trente ans et il y poursuit des travaux de grande valeur sur le bouddhisme de ce pays. M. Paul Magnin, également chargé de recherches au C.N.R.S. a séjourné en Extrême-Orient pendant de longues années, notamment à Taïwan, et s’est spécialisé dans l’étude du bouddhisme chinois. Je dois aussi reconnaître l’aide précieuse que j’ai retirée de la lecture du livre que mon collègue et ami, M. Jacques Gernet, membre de l’Institut, a publié il y a deux ans chez Gallimard sous le titre “Chine et christianisme, action et réaction” , ouvrage qui nous fait connaître et comprendre les opinions des chinois, bouddhistes et autres, sur le christianisme et sur Jésus au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

L’examen des jugements portés par les adeptes du Bouddha sur la personne du Christ devrait être lié, au moins dans une certaine mesure, à celui de ceux qu’ils ont formés envers le christianisme. Malheureusement, cette dernière étude est en elle-même trop complexe pour que nous ayons le temps de l’aborder ce soir, ne serait-ce qu’en raison de la mutiplicité des documents qu’il nous faudrait utiliser pour cela.

Les regards posés sur Jésus lui-même par les bouddhistes diffèrent avec les époques, les pays et les sectes si diverses du bouddhisme, mais ils tendent à converger aujourd’hui.

Les jugements les plus sévères furent formulés par les chinois des XVIIe et XVIIIe siècles, mais il est assez difficile de distinguer en eux ce qui revient précisément aux bouddhistes de ce qui fut exprimé par les confucianistes et les taoïstes. Jésus, déclaraient-ils, ne fut qu’un homme, condamné à mort pour avoir suscité de graves troubles publics, avoir perturbé cet ordre social auquel toutes les traditions orientales étaient très attachées. La mort ignominieuse infligée à Jésus, soumis au supplice de la croix comme un criminel, et les cruelles souffrances qu’il a subies ne sont, aux yeux des bouddhistes, que les fruits, les effets de ses mauvaises actions passées et en rapport avec la gravité de celles-ci. La théorie bouddhique de la rétribution automatique des actes des vies antérieures a donc conduit certains bouddhistes à penser que Jésus avait commis un meutre dans une existence précédente. En outre, s’étant montré incapable d’échapper au supplice, de se libérer lui-même par un moyen naturel ou prodigieux, comment pouvait-il prétendre délivrer les autres hommes ? Si Jésus était dieu, le grand dieu souverain, en s’incarnant il aurait privé le monde de direction, ce qui aurait eu des conséquences catastrophiques. S’il n’était au contraire qu’une émanation de Dieu, il aurait été bien inférieur au Bouddha, qui a découvert par lui-même, sans aucune aide extérieure, divine ou autre, la doctrine de salut et l’a enseignée de sa propre décision. De toute façon, si Jésus était dieu, il ne pouvait être qu’une divinité quelconque, soumise à la dure loi de la transmigration, et par là aussi inférieur au Bouddha, qui a su et pu mettre un terme à ses renaissances successives. Accorder de l’importance à l’incarnation de Jésus, c’est s’attacher à ce que le bouddhisme regarde comme étant relatif et conditionné, à ce qui appartient au monde essentiellement changeant des transmigrations. De plus, cette incarnation est logiquement tout à fait incompatible avec la nature trinitaire que lui attribue le dogme chrétien. Quant aux miracles qu’on prête à Jésus et dont ses fidèles font si grand cas, ils font vraiment piètre figure à côté des prodiges autrement grandioses que le Bouddha aurait accomplis, à l’échelle d’un univers pratiquement illimité dans le temps comme dans l’espace et peuplé d’une infinité de mondes semblables au nôtre.

Les jugements portés aujourd’hui par les bouddhistes sur Jésus sont beaucoup plus favorables, en raison de l’apaisement de l’ancienne hostilité qui avait opposé les deux religions. certes, les fidèles du Bouddha ne reconnaissent pas, ne peuvent pas reconnaître en Jésus le Christ, le Messie, le Sauveur des hommes non plus que le Dieu créateur, éternel et tout-puissant, pour la bonne raison que ces mots sont pour eux vides de sens et les notions qu’ils désignent de pures illusions nées des cogitations vaines d’esprits obnubilés par l’ignorance, au sens où les bouddhistes entendent ce dernier mot. Certes encore, ils refusent de placer Jésus au-dessus du Bouddha, par exemple de faire de celui-ci une sorte de prédécesseur de celui-là comme a récemment proposé de la regarder un certain missionnaire dans un article où la maladresse l’emportait sur la bonne volonté. certes enfin, les bouddhistes nient la réalité de la résurrection de Jésus, parce que la notion de résurrection est totalement étrangère à leur doctrine, comme aussi à celles des hindous et des jaïnas, car la renaissance qui suit la mort et qui est à la base de leurs croyances communes a une nature toute différente de la résurrection telle que la conçoivent les chrétiens.

Ces réserves étant faites, réserves clairement fondées sur l’enseignement du Bouddha, les adeptes de celui-ci portent aujourd’hui presque unanimement un jugement très favorable sur Jésus. Celui-ci leur inspire un grand respect et même de l’admiration, sans pour autant qu’ils éprouvent le moindre besoin, le moindre désir de se convertir au christianisme. Il soulignent très volontieers les grandes ressemblances qui rapprochent certains aspects de la personne de Jésus de celle du Bouddha : Une vie très pure, guidée par une morale de haute élévation et de complet désintéressement, tout imprégnée de bonté et de compassion, d’altruisme sincère et de pardon des offenses, allant au besoin jusqu’au sacrifice personnel. Jésus et le Bouddha sont, disent-ils, également dignes de vénération, ce sont deux hommes hautement admirables, comparables par le degré élevé de sagesse qu’ils ont atteint l’un et l’autre.

Le vénérable Thich Thiên Châu ajoute à cela des considérations intéressantes, inspirées par la doctrine propre au Mahâyâna, le grand mouvement réformateur apparu il y a vingt siècles et d’où le bouddhisme vietnamien tire son origine comme les autres formes, si diverses, prises par la religion du Bienheureux en Extrême-Orient et en Asie Centrale. La doctrine des trois corps du Bouddha permet, pense-t-il, de mieux comprendre la nature de Jésus que ne le fait l’enseignement du bouddhisme antique, encore si vivant à Ceylan et en Asie du Sud-Est. Le Mahâyâna attribue trois corps différents au Bienheureux : un corps apparent, visible aux hommes ordinaires, dans lequel il est né, a passé son existence humaine et est mort; un corps dit de jouissance, corps glorieux en lequel il se montre aux bodhisattva , êtres qui se destinent résolument à devenir un bouddha dans un avenir très lointain et s’emploient pour cela à pratiquer les différentes vertus jusqu’à leur perfection en se dévouant pour aider et sauver les êtres; enfin le corps dit de dharma , ce mot désignant à la fois l’ordre cosmique et l’ordre spirituel, considérés comme identiques avec l’essence de la doctrine bouddhique, corps de l’absolu qui est lavéritable nature des bouddhas et aussi celle qui est présente, mais cachée, au tréfonds de tous les êtres, ce pourquoi tous ceux-ci sont destinés au salut, si lointain que puisse être ce dernier. On peut retrouver les équivalents de ces trois corps en Jésus-Christ, pense le Vénérable, expliquer sa nature à la fois humaine et divine, comprendre comment il a pu simultanément exercer sa mission salvatrice dans le monde et demeurer dans l’absolu de sa béatitude. Le premier corps serait celui qu’ont connu les hommes ordinaires, celui du Jésus de l’histoire, qui est né, a prêché, a souffert et est mort sur la croix. Le deuxième serait le corps merveilleux que trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean, ont contemplé sur la montagne au moment de la transfiguration. Le troisième serait la forme de Dieu inaccessible à l’esprit humain, le vrai corps de Jésus, celui de Dieu lui-même, du Père de la Trinité chrétienne. Cette analogie des deux fondateurs de religions permet aux bouddhistes d’Extrême-Orient une meilleure compréhension du Christ et de ses Evangiles, et leur inspire une attitude respect. Comme le dit fort joliment Thich Thiên Châu :”On adore bien la pureté du lotus, mais on apprécie également la beauté des lis et des roses.”

Le Vénérable vietnamien fait un autre rapprochement, cette fois entre le christianisme et l’amidîsme, forme du bouddhisme extrême-oriental fort importante et qui est fondée sur la seule dévotion envers un bouddha particulier, Amitâbha, “Lumière infinie”, qui a fait jadis le voeu d’accueillir dans son paradis de la “Terre pure”, tous les êtres qui feront appel à lui. Or, le bouddha Amitâbha a pour subordonné le plus célèble des bodhisattva, Avalokiteshvara, le tout-compatissant, toujours prêt à voler au secours des êtres en détresse et qui a renoncé à devenir un bouddha tant que tous les êtres n’auront pas atteint la délivrance des transmigrations, la béatitude inconcevable du Nirvâna. La comparaison avec Jésus est claire, et c’est pourquoi les adeptes du Mahâyâna, ceux de l’amidisme en particulier, sont portés à vénérer le fondateur du chistianisme à l’égal d’un bodhisattva. Du reste, le Mahâyâna n’attribue-t-il pas à ces futurs bouddhas, entre autres vertus, compassion, sagesse, bonté, patience, etc. , celle de “l’habileté dans les moyens” employés pour sauver les êtres, ces moyens étant fort variés et comprenant les prodiges les plus divers, ce qui conduit les mahâyânistes à accepter la réalité des miracles attribués à Jésus ?

Cependant, ajoute Thich Thiên Châu, les bouddhistes d’Extrême- Orient, tous adeptes de sectes issues du Mahâyâna indien, restent perplexes devant les dernières paroles qu’aurait prononcées Jésus mourant sur la croix :”Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”

Ainsi donc, quoique le bouddhisme soit, de toutes les grandes religions, la plus éloignée du christianisme par ses enseignements et, dans une large mesure, par ses pratiques, il est sans doute, paradoxalement, celle qui reconnaît le mieux sa haute valeur spirituelle. C’est particulièrement vrai aujourd’hui où le christianisme vient d’abandonner l’hostilité foncière qu’il a si longtemps manifestée envers toutes les autres croyances et se montre enfin disposé à voir en elle, non pas des oeuvres du démon, mais des tentatives souvent fort respectables de soulager les hommes de leurs peines et de leurs angoisses en leur offrant l’espoir d’un avenir meilleur. Les relations généralement excellentes qui existent de nos jours entre bouddhistes et chrétiens, et surtout entre les représentants les plus qualifiés des uns et des autres dans l’Asie méridionale et orientale, sont significatives et encourageantes. Parmi leurs conséquences les plus intéressantes, il faut compter les regards favorables et profondément respectueux que les bouddhistes de notre époque posent en leur très large majorité sur la personne de Jésus, quels que soient les pays où ils vivent et les formes du bouddhisme auxquelles ils adhèrent.

André BAREAU

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